Une étape de capitalisation de l’enrôlement biométrique à Madagascar
La Présidence de la Refondation de la République de Madagascar, le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, le Ministère du Développement Numérique, des Postes et des Télécommunications ainsi que le Groupe de la Banque mondiale à Madagascar ont organisé, les 22 et 23 juillet 2026 au Carlton Anosy, à Antananarivo, un atelier de capitalisation de l’expérience sur l’enrôlement biométrique de masse.
Cette rencontre intervient dans le cadre du processus de modernisation de la gestion de l’identité et de l’état civil engagé à Madagascar. Elle vise notamment à tirer les enseignements de la première phase de l’opération nationale d’enrôlement biométrique, afin d’en consolider les acquis et de mieux préparer les prochaines étapes.
Au-delà du bilan quantitatif, la démarche de capitalisation porte sur les dimensions techniques, opérationnelles, institutionnelles et territoriales de l’opération. Elle doit permettre aux acteurs concernés de partager les expériences acquises sur le terrain, de documenter les pratiques ayant produit des résultats et d’identifier les ajustements nécessaires pour la poursuite du dispositif.

Particiants lors de l'atelier de capitalisation - Photo: Lanto Irinah Rasoamanarivo
Une mobilisation nationale autour de l’identité biométrique
L’opération d’enrôlement biométrique de masse « Izaho Tokana », conduite par le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation à travers le Centre National d’État Civil et de l’Identité (CNECI), a débuté au début de l’année 2026.
Sa mise en œuvre s’est appuyée sur une mobilisation humaine et logistique à l’échelle nationale. Selon les informations communiquées dans le cadre de l’atelier, plus de 5 000 équipes ont été déployées à travers le pays et plus de 60 000 responsables locaux, notamment des chefs de fokontany et des agents chargés de la mobilisation citoyenne, ont contribué à la mise en œuvre de l’opération.
Au 30 juin 2026, plus de six millions de personnes âgées de plus de 18 ans avaient été enregistrées dans la base nationale, illustrant l’ampleur du dispositif progressivement mis en place.
L’opération a bénéficié de l’appui du Projet de gouvernance digitale et de gestion de l’identité malagasy (PRODIGY), financé par le Groupe de la Banque mondiale. Le projet accompagne plus largement la réforme de l’état civil et de l’identité à Madagascar.
Vers un système d’identité modernisé, fiable et sécurisé
La démarche engagée ne se limite pas à une opération ponctuelle d’enregistrement de la population. Elle s’inscrit dans la construction progressive d’un système modernisé de gestion de l’identité, reposant notamment sur une base d’identification unique, l’utilisation de la biométrie et l’interopérabilité des bases de données d’état civil et d’identification à travers un numéro unique d’identification.
Cette évolution doit contribuer à renforcer la fiabilité de l’identification des personnes et à améliorer les mécanismes institutionnels de gestion de l’état civil.
L’enjeu de l’identité légale demeure particulièrement important à Madagascar. Selon les données présentées dans le communiqué, près de six millions d’adultes malagasy, soit environ 40 % de la population adulte, ne disposent pas d’un acte de naissance. Cette situation peut limiter l’exercice de leurs droits ainsi que leur accès à l’emploi, aux services financiers et à différents services essentiels.
Dans cette perspective, l’enrôlement biométrique s’inscrit dans un chantier plus large visant à renforcer l’accès à l’identité légale. Une réforme adoptée en 2026 prévoit notamment un dispositif dérogatoire destiné à faciliter la régularisation des naissances qui n’ont pas été déclarées dans les délais légaux.
Tirer les enseignements de la première phase
L’atelier de capitalisation a permis d’examiner les résultats obtenus depuis le lancement de l’opération, mais également les conditions concrètes dans lesquelles celle-ci a été déployée sur le territoire.
Les travaux ont notamment porté sur la planification opérationnelle, la gestion des kits biométriques, la logistique, la connectivité, l’accès à l’énergie, la synchronisation et la qualité des données, ainsi que sur les mécanismes de supervision et de rapportage.
Ces dimensions constituent des éléments déterminants dans une opération nationale qui repose à la fois sur des infrastructures numériques, des équipements déployés sur le terrain, des équipes opérationnelles et une coordination entre plusieurs niveaux de l’administration.
Les participants ont également examiné le fonctionnement des kits et des serveurs régionaux, la sécurité des systèmes et la protection des données personnelles. La capitalisation doit ainsi permettre de mieux identifier les contraintes techniques rencontrées et les solutions développées au cours de la première phase.
Inclusion, communication et mobilisation citoyenne au cœur du dispositif
Les échanges ont également accordé une place importante aux dimensions humaines et institutionnelles de l’enrôlement biométrique.
Les travaux ont notamment abordé les plans de formation, l’inclusion des populations vulnérables, la communication, la conduite du changement, la gestion des plaintes et la mobilisation citoyenne.
Ces différentes dimensions sont particulièrement importantes pour la poursuite de l’opération, alors que l’un des principaux enjeux consiste désormais à atteindre les populations les plus éloignées et les plus marginalisées.
La mise en œuvre de l’enrôlement nécessite également une coordination entre les administrations centrales, les services déconcentrés, les collectivités territoriales et les partenaires techniques. L’atelier a ainsi constitué un espace de dialogue permettant aux différentes parties prenantes de confronter leurs expériences et de documenter les enseignements issus du terrain.
Préparer la poursuite de l’enrôlement biométrique
La capitalisation de cette première phase doit contribuer à la formulation de recommandations opérationnelles pour la poursuite de l’enrôlement biométrique.
Selon le dispositif présenté lors de l’atelier, les prochaines étapes seront conduites sous l’orientation stratégique du Comité National d’Orientation Stratégique (CNOS), présidé par la Présidence de la Refondation de la République, et sous la coordination du Centre de Commandement Opérationnel de l’Enrôlement Biométrique (CCO/ENBIO), dirigé par le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation.
L’appui financier à la poursuite du processus sera désormais assuré par le projet DECIM.
Cette nouvelle étape doit également contribuer à préparer le transfert progressif des responsabilités, la pérennisation du dispositif et son appropriation par les institutions nationales compétentes.
Faire de la capitalisation un outil d’amélioration continue
Au-delà de l’évaluation de la première phase, l’atelier des 22 et 23 juillet constitue ainsi un exercice d’apprentissage institutionnel. Il permet de transformer les expériences accumulées pendant le déploiement de l’enrôlement biométrique en connaissances susceptibles d’améliorer les prochaines phases de mise en œuvre.
La poursuite du processus nécessitera notamment une mobilisation durable des parties prenantes, une coordination renforcée et la mise en œuvre des réformes complémentaires nécessaires à l’amélioration de l’accès à l’identité légale.
À travers cet exercice de capitalisation, les parties prenantes ont réaffirmé l’importance de poursuivre le chantier engagé dans une logique de continuité, de collaboration et de responsabilité partagée, avec pour perspective de permettre progressivement à chaque Malagasy de disposer d’une identité légale et d’exercer pleinement ses droits.